[News][Critique BD] La nuit des morts vivants - tome 1

LA NUIT DES MORTS VIVANTS


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Fiche technique :

Titre : La nuit des morts vivants – tome 1 : Les fautes du père
Date de parution : 3 septembre 2014
Editeur : Vents d’Ouest
Public : Ado/adultes
Genre : Horreur / Zombies
Nombres de tomes disponibles : 1 tome (prévu en 3 tomes)
Prix : 14€50

Scénariste : Jean-Luc ISTIN
Dessinateur : Elia BONETTI

La critique d’Entre-Geeks :

Une BD storyboard ?

Lorsque j’ai ouvert « La nuit des morts vivants », j’ai eu un sentiment familier, celui de reconnaître immédiatement, dans le découpage des cases, une mise en scène cinématographique que j’ai vu maintes fois depuis quelques années. J’ai cru ouvrir un tome du « complexe du chimpanzé ». Le même type de dessin réaliste, le même type de mise en scène. Cet ouvrage se destine clairement à la nouvelle génération de lecteurs, ceux qui aiment les séries américaines ! Dès le début, la patte filmique est présente. Deux scientifiques font des tests sur des singes et observent leurs réactions après leur avoir administré un sérum. Cela ne fonctionne pas sur celui-ci visiblement, il devient complètement fou. Un scientifique dépité abat le primate puis traine son corps. Une porte s’ouvre laissant entrevoir une montagne de cadavre de chimpanzés, témoignage de la gravité et de l’urgence de la situation. Puis il met feu à la pile. Générique de début ! Rassurez vous, ceci ne constitue que les 3 premières pages de l’album.

Image Certains vieux briscards, aimant décortiquer les textes fournis d’Allan MOORE (pour les lecteurs de comics) ou déchiffrer l’incohérence bucolique des univers de Moebius souriront sans doute du coin de la bouche. Pourtant force est d’admettre que le parti pris cinématographique est un exercice de communication plutôt efficace ! Vous ne vous surprendrez sans doute pas à relire plusieurs fois la même planche parce que vous avez été distrait. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est fluide ! Trop fluide ? Car voici, selon moi, la limite du parti pris cinématographique. Les images s’enchainent rapidement avec des cases claires et lisibles, donc avec peu d’éléments de scénario autres que visuels. Vous terminerez ce tome 1 en 30 minutes. Je tente de ne pas vous spoiler le contenu de ce tome 1, mais en réalité il n’y a que peu de choses à raconter, il s’agit d’une introduction. Une bonne introduction certes, mais que Jean-Luc ISTIN va-t-il pouvoir nous raconter en 3 tomes d’une cinquantaine de pages si un tome ne permet même pas aux héros de se rencontrer ? J’ai eu l’impression de lire un long teaser, alléchant mais à 15 euros quand même ! J’attends de lire la suite pour me faire un avis, peut être que l’histoire sera plus fournie par la suite.

ROMERO rajeuni mais pas complètement aux oubliettes !

Image Une belle pastille rouge vous indique, sur la couverture de l’album, qu’il s’agit d’une adaptation du célèbre film de ROMERO. Mais alors quel intérêt de revoir un film en bande dessiné si le 9e art n’apporte pas sa patte si particulière ? Au rythme ou vont les choses, il faudra 30 tomes pour raconter 1h30 de film (j’exagère). En consciencieux chroniqueur, je décide de revoir le film de Romero que je n’ai pas vu depuis des lustres. Il ne s’agit pas de la même histoire (mise à part l’héroïne qui va au cimetière avec son frère). Ici vous suivrez Lizbeth, une jeune femme ayant eu un choc psychologique causant une amnésie quasi-totale de tous ce qui lui est arrivé avant l’age de 7 ans. Lizbeth se rend au cimetière avec son frère pour visiter la tombe de son père. C’est le lieu idéal pour une attaque de zombies. A partir de là débutera une longue fuite. Vous suivrez également un père de famille, séparé de sa femme et tentant de réconforter ses deux jeunes enfants. Ces groupes de héros vous feront traverser les plus gros clichés du cinéma de morts vivants. Des routes remplies de voitures laissées à l’abandon, une ville sous quarantaine maintenue par un gigantesque mur de béton, des toits d’immeubles, derniers refuges contre les zombies etc.

J’ai bien l’impression que cette pastille « adaptation du film culte » n’est qu’une excuse pour avoir le droit de réutiliser des clichés vus et revus et de se donner un petit coup de pouce commerciale en passant. Je dois dire aux lecteurs qui n’ont pas de lectures assidues concernant les univers de zombies qu’ils trouveront sans doute leur compte dans cette histoire, qui avait sans doute besoin d’un petit coup de frais. Après tout, ces scènes « clichesques » restent efficaces. La refonte totale du scénario de Romero est bienvenue, le film de 1968 a vieilli et les personnages principaux sont insupportables. Barbara (dans le film) est parfaitement inutile et se contente de rester choquée sur le canapé. Aujourd’hui une héroïne de se genre se verrait agresser par des groupes féministes pestant contre son image de faiblarde et son rôle faire-valoir. Aujourd’hui nous voulons des femmes fortes, des « Michonne » de Walking dead ! Sur ce point, le parti pris de ne pas respecter le scénario de Roméro est une bonne initiative. Cela renforce néanmoins mon impression qu’il ne s’agit pas du tout d’une adaptation du film mais simplement d’un coup de publicité.

C'est joli, les zombies sont bien moches !

A propos du dessin d’Elia BONETTI. Il est clair, agréable et suffisamment stylisé pour qu’on n’ait pas l’impression de lire un roman-photo. C'est justement une chose que je reproche à certaines productions dans la bande dessinée, qui donnent parfois l'impression, par un excès de réalisme, qu'aucun dessin n'a été réalisé et qu'un ordinateur a numérisé des photographies en leur donnant un aspect "dessiné". Ici ce n'est pas le cas. Le dessin est plutôt réaliste mais ont est toujours capable d'apprécier le coup de crayon ! Les amateurs goûteront sans doute le trait ! Personnellement, j'aime les traits plus lachés, les styles plus affirmés. Je ne suis pas certain de reconnaître le dessin d'Elia BONETTI dans une autre bande dessinée sans avoir vu son nom ! Mais affirmer un style est toujours un risque de déplaire aux lecteurs, il vaut parfois mieux, pour rentabiliser une édition, rester dans un style plus "scolaire". Rien de bien choquant toutefois, cela reste agréable et inspirant. Les couleurs donnent dans les ton pastels, là aussi pour le réalisme, pour amener un coté froid propice à ce genre de récit et sans doute pour la modernité. Car c'est bien ce que cherche cette œuvre, rendre hommage à un genre, certes très en vogue, mais usé par des milliers de productions et reprises, tout en lui donnant la modernité nécessaire pour être apprécié par le grand publique. Vous vous ferez rapidement une opinion sur les quelques extraits postés sur cette rubrique. Le découpage des cases est orienté, sans doute pour la cinématographie, d’une manière particulière. Elia BONETTI semble vouloir fournir une image de grande taille au format seize neuvième, voir cinémascope, par planche et d’orienter les autres cases de manière à mettre en valeur la première. Le rendu final est une réussite. On peut parfois presque voir s'animer les plans ou zoomer la caméra. Un véritable film imprimé !

Pour résumer :

Moderne, Dynamique, hommage au genre...peut être au détriment du contenu.


Pour résumer, oubliez la pastille « adaptation du film culte ». Cette BD s’adresse sans doute aux non-Bédéphiles de par sa narration cinématographique et frustrera sans doute les lecteurs plus expérimentés. Les amateurs de zombies y trouveront un coté classique, qui peut être vu comme un manque d’originalité mais qui fonctionne très bien, et une narration prenante et agréable. Graphiquement, les images sont magnifiques mais manquent un peu de caractère à mon goût (j’ai cru ouvrir une BD des grandes collections de « Soleil ») ce qui est un parti pris permettant de plaire au plus grand nombre.
Le seul vrai point négatif est le rythme trop rapide qui permet un certain dynamisme mais qui empêche l’histoire de se mettre en place. Espérons que les 3 tomes à une quinzaine d’euros chacun formeront une histoire complète et satisfaisante. On peut sans doute faire confiance à Jean Luc Istin qui n’en est pas à son coup d’essai et qui a déjà signé de nombreuses œuvres chez Soleil (Les Druides, Le crépuscule des dieux, Merlin etc.).

+ Le dessin très agréable
+ La narration fluide et dynamique
+ Tout ce qu’on attend d’une histoire de zombie


- La foire aux clichés
- A la fin du tome, l’histoire s’est à peine mise en place
- 14€50 vite consommés

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