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6 messages

La plume du Panda

23 avril 2012 à 15:40 Pandagora  
Salut à tous ! voici quelques vieux écrits, hésitez pas à critiquez, je suis preneur ! ;)

Développer la nouvelle suivante :

Il y avait trois ans que sa femme toujours aimée lui avait été enlevée par la mort.
Il ne s'en remettait pas. D'autant plus amer que sa situation matérielle n'avait jamais été aussi florissante.
Il en arriva à larguer peu à peu, mais implacablement, toute envie de vivre et décida d'en finir en se jetant par la fenêtre de son appartement de grand standing. Sans doute aurait-il choisi un autre moyen de suicide s'il n'avait pas habité si haut : 42ième étage d'une élégante tour de verre et d'acier.

Il était 8 heures du matin quand il plongea dans le vide après avoir enjambé son balcon.
C'est en passant devant une vaste baie vitrée du 30ième étage qu'il capta la vision magique d'une fragile et tendre blonde qui s'habillait pour aller au bureau. Et il sentit, en flash l'explosion d'une fulgurante certitude : celle d'avoir croisé l'autre femme de sa vie.
Jacques STERNBERG, Histoires à dormir sans vous.


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Crispé, le regard vide, John reste enfoncé quelques instants dans son gros fauteuil en cuir. C'est le vent léger provoqué par son ventilateur à pivot, faisant vibrer ses cheveux fixés par le gel, qui le sort de sa léthargie. Il cligne des yeux, puis se lève.
De son regard vague, il parcourt la pièce : un vaste espace sobre et froid souillé par les débris qui traînent ça et là, sur le sol. Sans surprise, John avance. Son tibia cogne dans la table basse de laquelle tombe une seringue usagée. Malgré la douleur, il continue vers la salle de bains, en silence. Il se regarde dans le miroir, au-dessus du lavabo, son teint est livide, et son front perlé de sueur. Il ouvre le robinet, fait couler un peu d'eau froide dans ses mains moites, et se rince le visage. Lorsqu'il relève la tête, il se met à fixer son reflet, comme aspiré par le miroir.
Puis, petit à petit, il fronce les sourcils, sa respiration prend un rythme de plus en plus marqué, s'accélère, et ses yeux se remplissent de détermination. Brusquement, il se retourne, pousse la porte de la salle de bains avec énergie et court vers la fenêtre. Sur son trajet, il fait tomber des bouteilles vides de son bar qui éclatent parterre. Il continue et souffle à pleins poumons, comme un athlète juste avant un effort surhumain. Son visage dégouline et sa course est marquée par les traces de ses gouttes sur les papiers éparpillés au sol.
Enfin, dans son élan, il s'aplatit contre la fenêtre. Le temps d'une longue seconde, on peut voir de la buée se former autour de sa joue collée à la vitre. Puis, très vite, il se décolle, tourne la poignée, et ouvre grand.
Une grosse bourrasque le secoue, il tangue légèrement vers l'arrière mais l'air toujours déterminé, il lance sa jambe gauche dans le vide, puis le bras gauche, le voilà à cheval sur la fenêtre, la moitié du corps prête à partir dans ce gouffre béant à ciel ouvert. Comme par réflexe, John regarde vers le bas : une interminable pente verticale de verre et de métal brillant au soleil, au bout de laquelle fourmille la ville. Ses yeux se referment, il gémit et tourne la tête vers le ciel. La lumière du soleil passe à travers ses paupières, il fronce encore plus et ses mains glissantes se resserrent sur la structure. Il pousse alors un cri nerveux, comme frustré de sa dernière peur. L'air frais de cette altitude lui brûle les poumons à chaque respiration et siffle fort dans ses oreilles. Il inspire profondément et essaie de se calmer. Les muscles de son dos, qui sautaient de contractions, se tendaient sous la tension, se relâchent doucement.
Tout à coup, dans les sifflements, une voix déchire l'immensité : « Hey ! Monsieur ! Qu'est-ce que vous faites ?! » Ça vient d'en haut, là, juste au-dessus, sur la droite. John lève les yeux, malgré l'éblouissement, il parvient à distinguer un échafaudage, c'est le laveur de carreaux : « Hey ! Ça va ? Ne bougez pas, j'arrive ! »
Les dents serrées, à peine John a-t-il compris ce qu'il se passe, que dans un cri féroce, animal, il décolle sa jambe droite de la moquette et la passe de l'autre côté. Surpris par le poids que doivent supporter subitement ses bras, il grimace de douleur.
Le laveur de vitres, qui devine ce qui se trame sous ses yeux, martèle du doigt le bouton pour faire descendre l'échafaudage qui n'avance qu'à la vitesse du moteur... « Wowowoh !! Non ! Ne faites pas ça ! J'arri... »
Il n'a pas fini sa phrase que John a déjà lâché prise, résigné. Il tombe, happé par un abysse de lumière matinale. Dos au vide, il regarde le ciel, apaisé, il expire longuement. Comme s'il avait laissé son cœur là-haut, sa poitrine le chatouille, et le visage détendu, il se met à rire. Il a l'impression de flotter, et la froideur du vent qui circule à toute vitesse sous ses vêtements anesthésie tous ses membres. Bientôt il rit à gorge déployée, contemplant les nuages orangés par le soleil. Il ouvre grand ses bras, comme si le ciel l'accueillait chaleureusement.
Le temps se fige. John jubile, il n'a jamais été aussi heureux. Il ne chute plus, c'est le ciel qui l'aspire doucement, et les couleurs qui l'entourent, vives, se rapprochent pour l'envelopper. Les sifflements du vent sont peu à peu remplacés par une musique légère et mélodieuse. Dans sa bouche, vient un goût de bonbon acidulé. Surpris au départ, il tire la langue, puis, insouciant, la rentre pour en apprécier toute la saveur. « Ça y est ! » se dit-il « Je suis au paradis ! »
Mais c'est là que la pointe de son pieds gauche tape sur une fenêtre. Il regarde alors sur le côté et dans un flash entrevoit une silhouette féminine à l'intérieur de l'immeuble, celle-ci reste alors imprégnée dans sa rétine, et, de nouveau ataraxique, il se retourne vers le soleil.
De belles couleurs chaleureuses viennent alors remplir cette silhouette. John s'étonne, il est subjugué par sa beauté : une longue chevelure blonde, légèrement ondulée, un visage fin et doux, angélique. Elle est en train de s'habiller, certainement pour aller au bureau. Il ose à peine regarder son corps, délicat, comme fragile, précieux. Mais ce regard, ce regard...en se plongeant dedans, il voyage dans le futur et se voit en sa compagnie, il voit le bonheur, l'espoir, en ses yeux. Elle lui sourit, timidement, il ne résiste pas. Il soupir, et un « je t'aime » s'échappe de sa bouche, tout devient limpide, là, face à lui, se tient l'autre femme de sa vie.
Mais tout à coup l'empreinte s'estompe et finit par disparaître, la musique devient dissonante et les couleurs tourbillonnent à toute vitesse. Ses yeux cernés grands ouverts, un jet de vomi jaillit de sa bouche, son cœur s'emballe.
Il panique. « Non ! Attends ! » Inconscient, il essaie de s'accrocher à la paroi de sa main droite, qui aussitôt s'écorche, se brise, puis se déchiquète, littéralement limée par le building. La douleur est indescriptible, il hurle interminablement, à s'en déchirer les cordes vocales, son visage est rouge et veineux, et ses yeux injectés de sang. John est désormais clairement de retour à la dure réalité, et il est bien trop tard pour quoi que ce soit.
Et c'est après cette longue chute dans son esprit mais très brève pour le commun des mortels qu'il finit par s'écraser, dans un bruit sourd, lamentable, sur le bitume. Juste à côté de son ex-patron montant les quelques grandes marches qui donnent accès à l'entrée du building.

FIN.



Deux trois "pouèmes" écrits sur des coups de tête généralement en pas plus de quelques dizaines de minutes :

Loser maladif

7h du mat', il s'est levé à 5, et déjà pendant la nuit était conscient de son échec.
Comme un loser frénétique, il recommence. Sisyphe des temps modernes, lui ne pousse pas un rocher mais se noie, léthargique, aspiré par la profondeur du papier blanc et le regard triste de son crayon. Comme un drogué qui essaie de se convaincre qu'il n'est pas accroc, il s'exclame seul, à lui-même : "J'arrête quand je veux ! D'ailleurs je le ferai demain !"



Gants Bouillonnants

Le percussionniste rouge fait des siennes.
Frénétiques acrobaties destructrices. Dents serrées, le cuir se perce sous les impacts.
Sourcils froncés, la sueur s'infiltre.
Décidé à valser jusqu'à la mort pour entendre le Glas et voir le jour.
Knock Down !



Érotisme

Éclat d'un regard,
Souffle d'une voix,
Effluve d'un désir,
Appel d'un baiser,
Et goût d'une peau timide.

Sens.

Courbes pointes et parfums,
Goûte au plaisir sans fin.

Les yeux levés au ciel,
Tu es à ma merci,

À la fois langueur et fougue d'une langue,
Tu ne chavires pas encore mais tangues,

Cambrure, émoi, frissons et moiteur,
Je tourbillonne, te caresse de haut en bas,
Deviens fou, désemparé, dans tes bras,
Lentement tu montes, et je le sens, ton cœur,

Là, sous mes assauts, tu meurs.



Guilty

Pourquoi se châtier ainsi,
Alors que les bras sont ouverts ?
Serre les dents, à bout de nerfs,
Volonté qui dépérit,

Guilty.

Comme un frisson des plus désagréables, les moindres mots font balbutier les poings.
A la fois envie de tout et finalement partant pour rien, lève les yeux au ciel, expire en se demandant pourquoi il est si perméable.






Voilà ! ;)

La plume du Panda

23 avril 2012 à 18:22 Tetaji    
*mode choc*... ... ...*Loading...Please wait.....Finish* Wow...Le premier texte, il est juste....superbe. Je ne déconne pas, je le trouve très réaliste, très....comment dire...><# euh...

La façon dont c\'est écrit, on pourrait presque croire que ça sent le vécu...Je sais, c\'est très con à dire >< mais c\'est ce que je pense moi.

Tu as du talent dans deux des domaines que j\'aime le plus; le dessin & l\'ecriture. Rien que pour ça, je te dit un grand bravo! Si jamais tu trouve, un jour, d\'autres idées d\'écrits, je veux bien les lire moi =O

Voila, voila. Un grand merci pour avoir posté^^ bonne continuation ;)

La plume du Panda

23 avril 2012 à 23:26 Pandagora  
Heuh o_ô#
Merci ?
Nan, aucune expérience du genre :)

La plume du Panda

24 avril 2012 à 10:51 Boushi  
Le premier texte est très beau malgré

Et pourquoi John? XD Pourquoi appelle-t-on tous les dépressifs, John ?
Cela dit, j\'aime beaucoup l\'écriture, le style. Et j\'aurais aimé la description du début, où on le voit totalement à côté de la plaque, beaucoup plus longue (oui je suis sadique ).

Pour les \"pouèmes\", j\'ai aimé uniquement le \"érotisme\" qui me semble être le seul vrai poème. J\'aime beaucoup la subtilité, et l\'écriture.
Les autres me font penser à ces poèmes japonais qui ne veulent rien dire et qui sonnent mal ^^\". C\'est plus des mini-textes quoi (Oulà je suis un peu brute, mais bon... )

Bref, j\'aime beaucoup ton long texte et érotisme qui sont de petites merveilles :)


Message édité le 24-04-12 à 11:37 par Admin

La plume du Panda

24 avril 2012 à 14:23 Pandagora  
Salut Boushi, alors en fait le premier texte était un exercice que j\'ai fait en cours d\'écriture dramatique. Le personnage DEVAIT croiser l\'autre femme de sa vie pendant sa chute, c\'était la consigne.
Alors évidemment ça paraît assez difficile, c\'est pour ça que si tu t\'arrêtes un petit peu sur les détails tu comprendras qu\'exactement comme tu l\'a interprété, le personnage s\'attache plus à une \"icône\" qu’autre chose. D\'ailleurs il est complètement stone (>seringue vide, il vient de se piquer, bouteilles vides, il est bourré), et toute la phase de la chute où il a l\'impression d\'être au paradis est en fait son trip, et quand il a cette image de femme, ça part en bad, puis en retour à la réalité.

John parce que j\'étais pris par le temps et que je savais que le choix du nom de mon perso me ferait pas gagner plus de point xD
J\'avoue c\'est déplorablement banal.

Alors après pour les petits textes, c\'est tout à fait ton droit de pas les aimer, surtout qu\'à la base ils sont très personnels et difficiles à interpréter si on ne me connaît pas.
Loser maladif porte sur ma procrastination.
Gants bouillonnant est un éloge de la boxe.
Et Guilty parle de la culpabilité fasse à mon propre manque de volonté.

:)

Merci de ta critique

PS : ah oui, autre consigne pour le premier texte, tout devait être visuel, rien ne devait être invisible à \"l\'écran\", on devait penser l\'histoire et l\'écrire en terme de narration visuelle.
Alors du coup impossible de raconter des trucs sans les montrer, par exemple on ne devait pas dire \"là il était terrorisé\", mais le montrer \"les poils de ses bras se dressaient et ses pupilles s\'étaient dilatées, il avait beau déglutir mais sa gorge était toujours aussi sèche.\" Un exercice plus difficile qu\'on le croit @_@


Message édité le 24-04-12 à 14:27 par Pandagora

La plume du Panda

24 avril 2012 à 17:17 Boushi  
Je comprends mieux alors le premier texte :). Mais je suis contente que j\'en ai compris le même sens que toi. C\'est exactement l\'image que je m\'en était fait: délire, bad trip et retour à la réalité (notamment avec la main). Et je trouve l\'exercice dans ce cas très réussi, car on voit exactement la scène d\'un film en fait. Et j\'adore les textes de ce genre, on l\'ont voit tout. J\'aime beaucoup ^^

Tu m\'a appris un mot: procrastination (mais je pense que je vais avoir du mal à le retenir XD)(merci google). Je pense aussi que c\'est tellement personnel, qu\'on a du mal à s\'imprégner de l\'histoire en si peu de mot.